L’Eglise va mal ! Tu m’étonnes ! Avec un chef comme elle a il ne pouvait pas en être autrement : écoutez-le : « cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde » et ben non, Jésus il est nul en calcul, elle a pas mis plus que tout le monde, elle a mis deux piécettes et quand on sait compter deux piécettes ça fait pas lourd (c’est pas avec ça qu’on va combler le trou de la sécu). Et il veut sauver la baraque avec deux piécettes. Il a intérêt à prendre de meilleurs comptables que lui, des personnes qui sachent récolter les fonds, frapper aux bonnes portes, eh Jésus c’est pas avec deux piécettes par ci, deux piécettes par là qu’on va faire bouillir la marmite.
Et c’est vrai Jésus est nul en comptabilité et c’est pas nouveau, c’est comme ça depuis le début de l’évangile, il y a une brebis qui se tire, il abandonne les 99 autres pour aller la chercher, il y a un ouvrier qui arrive à la onzième heure, il bosse une petite heure dans les champs et hop il est payé autant que ceux qui ont trimé sang et eau toute la journée, tu prends une claque sur la joue gauche, au lieu de rendre la pareille et coller une mandale au malotru (histoire d’équité) il te faut tendre la joue droite : très mauvaise comptabilité, très mauvaise stratégie ! Je vous dis, on va droit dans le mur. C’est ce que me disait un homme avisé, un homme qui imaginait l’église comme une superbe multinationale, la plus grande qui soit en fait avec des filiales partout dans le monde, un homme qui voyait Dieu comme le chef de cette entreprise, Jésus comme un comptable tatillon et l’Esprit saint comme un directeur des ressources humaines. Et avec ça, ça va tourner.
Les hommes ont besoin de résultat, d’efficacité, de chiffres, ils ont besoin de compter pour voir comment ça marche, vous avez qu’à voir pour l’audimat, vous avez l’audience des émissions de la veille qui tombe chaque matin, si tu te plantes une fois passe, une deuxième fois on t’avertit sans la moindre charité, mais tu te plantes une troisième fois : exit, c’est fini, ton programme peut être le meilleur du monde, s’il ne fait pas d’audimat, s’il ne fait pas de résultat, tu gicles ! Dehors, la porte ! C’est la loi ! Et c’est comme ça un peu partout, il faut du résultat : au collège, au lycée, à la fac, dans l’entreprise, du résultat, du chiffre, des grosses sommes et pas deux misérables piécettes !
Oui mais voilà, notre Dieu n’est pas un comptable et si on se le représente comme ça alors je comprends qu’on ne croit plus en lui (moi non plus je ne crois pas en ce Dieu là), notre Dieu ne nous juge pas selon nos résultats, nous n’avons pas à lui présenter un bilan, ou un bulletin de notes pour savoir si nous passons en classe supérieure, si nous passons au paradis, nous n’avons qu’à lui présenter notre cœur, c’est lui le seul juge et ses critères ne sont pas nos critères, il juge le cœur, il juge l’intention.
Le cœur que nous mettons dans la moindre de nos actions, oui parce qu’attention il ne suffit pas de bonnes intentions, (on nous dit que l’enfer en est pavé), il ne suffit pas de dire : « je commence demain », il faut commencer aujourd’hui, tout de suite, demain c’est toujours trop tard, demain c’est toujours devant toi, demain tu n’as aucune prise dessus.
Cette veuve avec ces deux piécettes, elle a commencé, elle a joint le geste à la parole ou plutôt le geste à l’intention, il y a chez elle une cohérence entre ce qu’elle veut et ce qu’elle fait. C’est ça que Dieu voit, c’est ça que le Christ nous fait remarquer, c’est ça qu’il attend de nous : que nous soyons cohérents : que nous fassions ce que nous disons, que nous disions ce que nous croyons. Que de l’intention aux paroles, il n’y ait qu’un pas, que des paroles aux actes il n’y en ait qu’un autre et que nous le franchissions.
Jésus ne stigmatise pas le riche qui donne ; pourvu que son intention soit en accord avec son geste, pourvu, qu’il ne donne pas pour être vu, pourvu qu’il donne pour la gloire de Dieu. Je vous le dit Jésus voit le cœur, il connait les intentions profondes.
Jésus nous donne cette veuve en exemple, avec ces deux piécettes, parce que ces deux piécettes elles suffisent largement à Dieu, bien plus que ces deux piécettes, c’est le cœur de cette femme que Jésus aime, ce cœur de pauvre, ce cœur qui attend tout de Dieu.
Jésus n’a pas besoin de grand discours, il n’a pas besoin de grands moyens pour changer notre cœur, pour changer le monde, il a besoin que nous nous approchions de lui et que nous lui disions : ce que j’ai, je te le donne, prends-le, nous lui donnons deux piécettes et lui en échange nous donne ce qu’il a de plus cher.
Nous nous donnons et lui en retour il se donne, il se donne tout entier, son corps, son sang, sa vie, oui décidément dans cet échange nous sommes les grands gagnants.
Elle a bien fait la veuve de tout donner, car en retour elle a tout reçu.