1° dimanche de carême – les tentations du Christ
Et allez ! Et Chaque année c’est la même chose, dés que commence le carême on nous ressert un des ces évangiles sur les tentations de Jésus et sur le péché, et encore cette année on a de la chance c’est la version de saint marc, la version light, la version la plus courte, il nous épargne la description de toute les tentations. à croire qu’ils n’ont que ces mots à la bouche, la tentation et le péché, et la damnation (on dirait du Mgr Williamson) ils ne changeront donc jamais les catholiques, et les gars faut ouvrir les yeux, faut évoluer, faut vivre avec son temps, le péché ça n’existe plus, c’était un truc de l’ancien temps pour faire peur aux gens (aux paysans du moyen âge pourraient on dire avec une certaine condescendance) attiser la peur à l’idée de griller en enfer, heureusement aujourd’hui, nous sommes éclairés, toute ces vieilleries on les a jetées au feu et depuis on se sent beaucoup mieux, beaucoup plus libre, pas vrai ?
Et non ce n’est pas vrai ! On ne se sent pas plus libre.
Ce n’est pas parce qu’on ne parle plus du péché ou du mal, qu’il a disparu pour autant, il ne suffit pas d’ignorer quelque chose pour qu’elle disparaisse.
Deux petites paraboles : parabole mécanique : tu es au milieu de l’autoroute (ne me demande pas comment ça ce fait, c’est une parabole), un 36 tonnes se profile à l’horizon, tu fermes les yeux en te disant « il existe pas, il existe pas, il existe pas » et tu prends 36 tonnes lancés à 100 à l’heure à travers les ratiches : et… c’est pas bon ; conclusion c’est pas parce que je dis que le camion n’existe pas qu’il est moins dangereux.
deuxième parabole bucolique : C’est l’autruche qui ne veut pas se faire becter par le lion, elle voit arriver le lion et pour se protéger elle fout la tête dans le sable et… et elle se fait becter quand même, il lui reste sa tête bien sur mais pas grand-chose en dessous (et puis le lion il s’en fout parce que le meilleur dans l’autruche c’est bien connu, c’est la cuisse) conclusion : que je le crois ou non, le lion à toujours la dent dure !
regardons maintenant nos vies, ne sommes nous pas tentés, ne sommes nous pas bien souvent complices du mal ? Et bien le carême est ce temps ou nous voulons rester en éveil, ou nous voulons ouvrir les yeux et nous donner les moyens de lutter contre cette tentation, de lutter contre ce mal, dans le monde bien sur, mais ce mal en nous aussi, en nous d’abord.
Et c’est pour cela que l’église au début de chaque carême nous propose de lire cet évangile des tentations, pour nous préparer, pour nous éclairer sur l’attitude à avoir en face du malin (vous savez celui qui nous voit arriver bardés de nos bonnes résolutions de carême et qui se dit en se frottant les mains : et ben toi mon gars tu perds rien pour attendre, je vais te dégommer…). En effet rien ne sert de nier le mal et le péché, rien ne sert de dire que le mal n’existe pas, Baudelaire (qui n’est pas franchement un père de l’église, mais qui a glissé un ou deux trucs censés dans sa prose) Baudelaire disait que la plus grande ruse du démon c’était justement de faire croire qu’il n’existe pas. Ce n’est pas non plus en nous répétant tous les matins je vais bien, tout va bien, je vais bien, tout va bien que notre vie changera, En tout cas ce n’est pas l’attitude chrétienne, ce n’est pas l‘attitude du christ. Et quelle est cette attitude ?
C’est celle de notre Evangile, et elle est exemplaire. Jésus nous montre l’exemple, attention il ne nous montre pas l’exemple du péché, il nous montre l’exemple du combat contre le péché, notez d’ailleurs que le Christ ne subit pas la tentation, il ne subit pas le mal, (le mal n’a sur lui aucun pouvoir) il le provoque, il va au devant, il va au désert comme on va au combat, pour vaincre l’ennemi, si Jésus va au désert pour vaincre le péché, ce n’est certainement pas pour lui, qui est sans péché, c’est pour nous, pour que sa victoire soit notre victoire.
Et il ne part pas seul au combat, ils sont trois : dans les versets qui précède immédiatement notre page d’évangile nous assistons au baptême de Jésus, baptême ou Dieu le père proclame : « celui-ci est mon Fils bien aimé » et c’est poussé par l’Esprit que Jésus va au désert. Cette précision est aussi exemplaire pour nous : nous ne sommes jamais seul à combattre le mal et la tentation, le père, le fils et l’esprit sont avec nous, ce sont eux qui combattent en nous, pourvu que nous acceptions de leur faire une place, pourvu que nous acceptions leurs armes, la douceur, la patience, la persévérance, pourvu que nous acceptions de nous ranger sous leur étendard (comme dirait saint Ignace de Loyola) et d’ailleurs si nous le faisons nous avons déjà gagné, le christ a remporté la victoire pour nous, de manière définitive.
Par sa forme même, par sa brièveté cet évangile a encore quelque chose à nous dire, là où Luc et Matthieu décrive les tentations auxquels Jésus est confronté, marc lui n’a qu’un demi verset : « et dans le désert il resta quarante jours tenté par Satan » on ne sait même pas quelle est l’issu du combat ? On ne la sait pas parce qu’elle est évidente, Jésus ne peut que vaincre le mal. Mais ce n’est pas là le cœur de sa mission, le cœur c’est l’annonce de la bonne nouvelle, ce pour quoi il est venu. La brièveté de notre évangile est là pour nous dire que nous n’avons pas à nous appesantir sur nos fautes, nous n’avons pas à les compulser maladivement, les trier, les comptabiliser en nous regardant le nombril à force de longs et minutieux examens de conscience.
De la même manière que nous n’avons pas à ignorer le mal nous n’avons pas à le contempler,
Nous devons juste y résister avant,
Le confesser quand nous sommes tombés
Et nous relever pour vivre.
La brièveté de ce passage au désert est là pour nous dire que nous n’avons pas nous non plus à passer notre vie au désert pour combattre, le cœur de la vie chrétienne est ailleurs, il est de nous mettre en route pour suivre Jésus et pour l’entendre nous annoncer la bonne nouvelle.
C’est ça le carême, un temps au désert, un temps bref, mais un temps nécessaire, un temps de combat contre tout ce qui nous retient, tout ce qui nous alourdit, tout ce qui nous empêche de suivre Jésus, alors n’hésitons pas à y entrer, n’hésitons pas à user du jeun, de la prière et du partage, ces moyens que nous donne l’église pour nous préparer à accueillir sa grâce, pour nous engager fermement à la suite du Christ.
Amen