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Dimanche de Gaudete - Rose

 

 

Non mais il a l’air de quoi avec sa robe rose le curé? on dirait une danseuse de la grande revue du crazy horse; ils savent vraiment plus quoi faire dans l’Eglise pour attirer le monde, le curé en rose! c’est quoi? c’est rapport à la ville rose, c’est un hommage à Edith piaf ou au stade français ? C’est quoi la bouffonnerie ?

Ben ouais, j’avoue, c’est vrai, j’ai tout essayé pour attirer les gens à l’église mais j’y arrive pas ! On a fait des messes le matin à 7h: trop tôt, le soir à 19h : trop tard, on a mis de l’encens on nous a dit: trop tradi, on a sorti les jumbees et les guitares on nous a dit: trop chacha, on a fait des soirées massage on nous a dit: c’est pas catho, on a fait des soirées sur la trinité et l’enfer on nous a dit: c’est trop catho, on a fait de la formation, on nous a dit: trop intello, on a fait des prières, on nous a dit: trop silencieux, trop austère, on a fait des soirées détente avec musique et bière on nous a dit : démago, on a fait des soirées sur la sainteté on nous a dit: c’est inaccessible, c’est trop mon père… alors là j’sais plus... c’est désespérant ! alors pour me changer moi qui ai plutôt l’habitude de broyer du noir, je me suis dit tient pourquoi ne pas essayer le rose, pour mettre un peu  de fun, pour donner un image gaie, une image joyeuse, une image plus sexy de l’Eglise, vous trouvez pas que c’est plus gai le rose ? C’est bien non ? Non ? Manifestement non c’est pas vraiment plus joyeux en tout cas ça vous rend pas vraiment plus joyeux, bon ben tant pis je vais me changer, je vais retourner au violet très foncé presque noir. Pourtant vous avez entendu ce dimanche on avait vraiment essayé d’égayer l’ambiance on s’y était tous mis, les gars qui avaient choisi les lectures ils avaient vraiment fait un best off gaieté, vous avez entendu les lectures : Sophonie : « Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Eclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, tressaille d'allégresse, fille de Jérusalem ! »

Et le cantique d’Isaïe « Jubilez, criez de joie, habitants de Toulouse, non de Sion »,

Et L’épitre de Saint Paul aux Toulousains euh non aux philippiens (c’est juste à coté, c’est la banlieue nord de Toulouse) « soyez toujours dans la joie du Seigneur »

Y’a juste l’Evangile ou y avait un bug, je sais pas ce qui s’est passé, mais pour l’Evangile, y’a pas un gramme de joie, y’a juste Jean-Baptiste (c’est bon on commence à en faire une indigestion de JB on se le cogne pendant tout l’avent) et JB qui comme d’hab il gueule dans le désert en nous demandant, de donner tout ce qu’on a, de partager, de pas escroquer le pauvre, de pas foutre une trempe à la racaille, de se contenter de ce qu’on a, de se convertir et d’attendre celui qui vient et qui nous baptisera , là je dois avouer que je vois pas du tout la joie.

Et pourtant elle y est la joie, elle est là la joie, enfin elle est presque là. Cherchez-là bien, fouillez un peu, creusez un peu, la joie, la vraie joie elle demande toujours de creuser un peu, d’attendre un peu. Le rose en fait c’est une sorte de mélange, entre le violet de l’avent et le blanc de noël, c’est pour nous dire que sous le violet de l’attente, il y a déjà la joie de Noël, la joie de la crèche. « La joie de la crèche je me marre, c’est quoi la joie de la crèche, c’est un bœuf, un âne et trois moutons qui se battent en duel autour d’un gniard qui braille dans ses langes, tu parles de la joie. Tu veux que je te dise moi ce que c’est la joie, allez tient mon père je te fais une petite géographie de la joie Toulousaine, j’élargis un peu ton horizon. Bon alors à tout Seigneur tout honneur : la place saint pierre, haut lieu de la joie toulousaine, t’as qu’à voir tous ces gens heureux qui s’y retrouvent tous les jeudis, vendredis, samedi, ils respirent la joie (et plus t’avance dans la nuit plus ils sont joyeux), t’as la joie ovale : les sept deniers ou Ernest wallon (enfin c’est le bonheur quand on gagne parce qu’en ce moment c’est pas vraiment la fête, ca me ferait presqu’aimer le football, non je plaisante !) une joie plus raffinée : l’opéra ou la halle au grains tu douilles pour un spectacle de Poulenc mais c’est la joie, en plus cheap t’a le Gaumont Wilson (là c’est pas toujours la joie, ça varie selon que tu vas voir le « concert » ou « 2012 » là c’est surtout l’affliction !) t’as aussi la joie gastronomique : là c’est plutôt chez Carmen aux abattoirs ou si tu peux les jardins de l’opéra ou sarran, t’as la joie commerciale c’est le marché de noël ou zara un jour de solde (faut aimer le contact), t’as la joie peinard c’est ton lit et son oreiller douillet, t’as la joie passagère c’est une soirée avec Juliette ou Francette, ou Annette, ou Suzette c’était qui déjà hier soir, j’sais plus j’ai perdu la tête ?, de toute manière c’est pas très grave c’était juste une joie passagère. » Voila mon père c’est ça la joie.

T’es sûr que c’est ça la joie ? Non ça c’est pas la joie, ça c’est des joies, des petites joies, des vraies joies bien souvent mais des joies partielles, des demis des quarts, des débuts de joie, mais toi ce que tu veux c’est pas juste des petites joies c’est la joie, la joie parfaite, toi tu attends autre chose, non ? Toi tu dois être de la même race que le peuple qui venait vers Jean-Baptiste, de ce peuple en attente, en attente de quoi ? En attente de la joie, de la joie qui doit venir et cette joie elle ne ressemble pas à toute ces joies que tu viens de me décrire. Elles en sont parfois les prémices de la joie, mais surtout ne les prends pas pour la fin du chemin, pour la joie parfaite, si tu te contentes d’elles, tu y perdrais mais surtout tu t’y perdrais, tu t’y épuiserais (celui qui met sa joie dans une victoire du stade, dans une LANGOUSTE Flambée à l’Armagnac ; ou dans une soirée chez tonton c’est le plus triste des hommes) 

Bon je vous vois venir (tiens je préfère quand tu me vouvoies) je sais ce que vous allez me dire padre, vous allez me sortir que la joie elle est dans l’ascèse et le renoncement, dans l’ordre et l’abandon, dans le silence de la prière et la pauvreté, c’est bon je vous connais par cœur, mais vous savez que ça fait rêver personne l’ascèse ?

Ok dans ce cas là continue à t’épuiser et quand tu auras suffisamment faim et soif, rapproche-toi de Jean-Baptiste, écoute sa voix, écoute sa voix parce qu’il n’a rien d’autre à te proposer que la conversion, parce qu’il n’a aucun autre chemin à te montrer que celui de la crèche que celui qui conduit à Jésus Christ. Mais tu remarqueras que JB il vient pas te gonfler, il crie dans le désert, tu as remarqué que tout le monde ne vient pas à lui, Ceux qui viennent vers lui, ce sont les petits, le peuple, les mal-vus, (les publicains et les soldats qui les accompagnaient probablement.) : pour eux, le parler rude du prophète est une Bonne Nouvelle. Alors Humblement, ils demandent : qu'est-ce que se convertir? Parce qu’ils pressentent qu’il est là le secret de la joie, ils ont bien essayé tous le reste et rien ne les a comblé.

Ils savent qu’il y a autant de formes de joie qu’il y a de formes d’amour. Il y en a de grandes et de petites,des bonnes et des moins bonnes. Et puis, il y a la Joie avec un grand J, la vraie. Celle qui m’indique au plus intime de moi-même que je suis sur le bon chemin, que je vis le véritable amour, celui qui conduit au bonheur. Car toute autre joie, aussi bonne soit-elle, est imparfaite. Toute autre joie, si intense soit-elle, est comme rongée de l’intérieur par la conscience que J’ai qu’elle ne pourra pas durer. Toute autre joie est éphémère, alors que la vraie joie c’est celle dont Jésus nous affirme que personne ne peut nous l’enlever (cf. Jn 16, 22). La vraie joie elle ne passera jamais, parce qu’elle est fondée sur un amour qui, lui non plus, ne passera jamais et cet amour, c’est la charité.

A la source de la joie du Baptiste, il y a donc la charité. Mais, à la source de la charité, il y a la foi. C’est la foi qui nous révèle la présence cachée et mystérieuse de Dieu dans nos vies, et Jean est le prophète de la présence de Dieu. Il t’apprend à reconnaitre Dieu dans ta vie. Combien de personnes passeront devant la crèche sans s’y arrêter parce qu’ils ne reconnaitront pas dans l’enfant Jésus leur sauveur, combien de badauds passeront dans la rue sans reconnaitre sous l’apparence du pain la présence réelle de Jésus qui se donne pour eux, combien à Noël trouveront au pied du sapin une joie qui passe alors qu’à la crèche, l’enfant Dieu nous attend pour nous offrir la joie qui demeure.