Les ouvriers de la onzième heure.
Un homme avisé, animé des meilleures intentions semble t il m’a pris par l’épaule l’autre jour et il m’a dit a peu de chose prêt : « Voila écoutez vous vous rendez bien compte que vos églises se vident, que votre message, il est bien votre message, mais il ne passe pas, il faut le relooker, le rendre plus sexy et que votre patrimoine immobilier se réduit comme une peau de chagrin. Non moi je vous dis ça en toute amitié, si vous voulez je vous fais un audit de la situation, on prévoit un plan social – un peu douloureux -, une campagne de communication sur trois mois et d’ici deux ans je vous promets je vous remonte l’entreprise. Bien sur ça demande un petit investissement de base mais c’est le succès garanti ! »
Ça demande réflexion bien sur, sauver l’Eglise ! Vous imaginez, c’est un boulot à temps plein qui demande des professionnels, de la compétence, des idées. Alors j’ai réfléchi, j’ai réfléchi non pas en faisant un brainstorming avec trois génies de la communication, j’ai réfléchi comme un catholique réfléchi: j’ai pris l’Evangile et j’ai prié. J’ai écouté Dieu pour savoir si lui non plus n’avait pas une idée à proposer, et il se trouve qu’il avait une idée, qu’il avait même plusieurs idées. Malheureusement trop souvent nous écoutons plus nos idées géniales, que celle de Dieu, qui nous semble beaucoup moins futées.
Et la première idée c’est dans l’Evangile de ce jour que je l’ai trouvé, Et que dit il notre Evangile : il nous dit que Dieu est nul comme patron d’entreprise, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire il vous ferait couler la plus solide des affaires du CAC 40, il nous dit même que Dieu n’est pas un patron d’entreprise, parce qu’il ne s’occupe que de personne individuelle, un ouvrier après un ouvrier, mais toujours une personne à la fois.
Il nous dit d’ailleurs que l’Eglise n’est pas une entreprise à faire tourner, qu’elle n’a pas de produit à vendre, elle est là pour nourrir ceux qui ont faim, ceux qui vienne à elle, elle est là pour leur donner jésus, c’est ça le salaire que le maître distribue à chacun. Comment voudriez vous qu’il donne moins à l’un et plus à l’autre, l’amour ne se calcule pas, il ne se divise pas, tout comme le christ, il se donne tout entier à tous.
Il nous apprend aussi que la justice de Dieu n’est pas la justice des hommes. Notre premier reflex est de trouver absolument injuste cette répartition que le maître opère entre les ouvriers qui ont trimé toute la journée dans les vignes et ceux qui n’y ont passé qu’une heure, et bien si c’est ça la doctrine sociale de l’église on est mal barré, si c’est comme ça que jésus nous enseigne de nous comporter…. Oui mais voila il ne faut pas voir de la morale à toute les coins d’Evangile, c’est dangereux, Jésus nous fait même très rarement la morale, en générale il nous dit comment Dieu agit, il se donne en exemple lui même et il nous laisse libre de l’imiter ou non. C’est ce qu’il fait une fois encore dans cette parabole. Cette parabole ne nous invite pas à une plus juste répartition des richesses, elle nous invite à comprendre de quel amour Dieu nous aime.
Dieu nous aime d’un amour infini, Il nous aime nous qui sommes ici, nous qui sommes peut être ces ouvriers de la première heure, mais Il aime aussi ceux qui ne sont pas encore là, ceux qui n’ont pas encore entendu la voix du maître qui les appelle à sa vigne, il appelle tous les hommes, il ne veut qu’aucun d’eux ne se perde, il appelle sans se lasser, il attend patiemment, écoutez l’évangile, ce maître il est là à la 9° heure, puis il sort à midi et à nouveau à trois heure et rebelote à 5h, si ce n’est pas de l’opiniâtreté ! Dieu ne se lasse jamais ! Jusqu’au bout il attendra, jusqu’au bout il tend la main à celui qui veut le rejoindre.
Je vous disais que les paraboles nous disent la manière d’agir de Dieu et que Jésus-Christ les traduit en acte. Regardez jésus sur la croix, que fait il quand le bon larron lui demande de le prendre avec lui : il l’accueille, il ne fait ni une ni deux, il l’accueille immédiatement: « dés aujourd’hui tu seras avec moi en paradis » et ce larron est ce que ce n’était pas un ouvrier de la dernière heure ! De la dernière minute oui ! Ça ressemble plus à un hold-up qu’à autre chose. Mais Dieu aime qu’on lui demande de travailler pour lui, il ne tient pas compte de nos heures de travail, je vous le disais il est nul en comptabilité, ce qu’il regarde c’est l’ardeur de nos cœurs, et ensuite il rétribue, mais la encore il ne sait pas compter, il n’a qu’une seule mesure : tout donner.
Tout donner, c’est d’ailleurs à ça qu’il nous appelle, tout donner, se donner tout entier, se livrer sans réserve et là encore il nous enseigne, là encore il nous devance et nous donne l’exemple : Dieu se donne lui même.
Imaginez une seconde, que tout à l’heure au moment où vous vous avancerez pour communier au lieu de vous donner une hostie consacrée je vous donnai un billet de dix euros. Imaginez ! Demain tout Toulouse saura que le curé distribue des euros à la pelle, qu’il suffit de venir à la messe pour les récupérer, et dés dimanche prochain saint pierre se remplirait instantanément, et nous multiplierions les messes : 7h, 8h, 9h, grand messe à 10h30. C’est peut être une bonne idée pour remplir nos églises non ? Et bien figurez vous que tout à l’heure quand vous vous approcherez de l’autel, ce n’est pas une liasse de billet que j’aurai entre les mains, ce que je tiendrai, ce que je vous donnerai, c’est Dieu, c’est le corps du christ que vous recevrez, c’est infiniment plus que ces dix pauvres euros, avec lesquels vous achèteriez le gâteau du dimanche.
Celui que vous recevrez, il n’a pas de prix ! Dieu ne nous donne pas un salaire que nous dilapiderions aussi sec, Dieu se donne lui même, son corps, son âme, sa vie et son amour ! Il se donne à vous que vous soyez jeune ou vieux, blanc ou noir, pratiquant assidu ou là par hasard, ouvrier de la première ou de la dernière heure, Dieu se donne à tous ceux qui s’approche de lui et à chacun Il donne tout, Il se donne tout entier, que voudriez vous de plus !
Amen !