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Immaculée conception

 

Pour l’immaculée conception on a deux images : la première assez glamour,  Marie à genoux qui accueille l’ange, qui dit oui, la tête un peu penchée, souriante, nimbée dans un halo de lumière et une autre beaucoup moins glamour la femme qui fout un grand coup de tatane sur la gueule du serpent et qui lui écrase le crâne dans un grand "scroutch". Alors c’est sûr que pour prêcher on préfère le glamour, ben oui c’est ça que les gens veulent en cette période de Noël, et ben non ce soir vous aurez le coup de tatane, vous allez voir c’est pas mal non plus…

C’est pas mal mais c’est aussi plus difficile, plus obscur. Cette image, tirée de la Genèse, nous vient de loin. Elle prédit qu'au cours de toute l'histoire, la lutte entre l'homme et le serpent, c'est-à-dire entre l'homme et les puissances du mal et de la mort se poursuivra. Mais, il est également préannoncé que "la lignée" de la femme vaincra un jour et écrasera la tête du serpent, de la mort (c’est le divin coup de tatane); il est préannoncé que la lignée de la femme vaincra et qu'ainsi, à travers l'homme, Dieu vaincra. Si nous écoutons ce texte, alors nous pouvons commencer à comprendre ce qu'est le péché originel, le péché héréditaire, et aussi ce que signifie être sauvegardé de ce péché héréditaire, ce qu'est la rédemption.

De quoi nous parle cette page au fond?

L'homme n'a pas confiance en Dieu. Tenté par les paroles du serpent, il nourrit le soupçon que Dieu, en fin de compte, ôte quelque chose à sa vie, que Dieu est un concurrent qui limite notre liberté et que nous ne serons pleinement des hommes que lorsque nous l'aurons mis de côté; en fait, que ce n'est que de cette façon que nous pouvons être pleinement libres. L'homme vit avec le soupçon que l'amour de Dieu crée une dépendance et qu'il lui est nécessaire de s’en débarrasser comme de toute dépendance. L'homme ne veut pas recevoir de Dieu son existence et la plénitude de sa vie « c’est bon j’suis grand j’ai besoin de personne ». Il veut puiser lui-même à l'arbre de la connaissance le pouvoir de façonner le monde, de se transformer en un petit dieu en s'élevant à Son niveau, et de vaincre avec ses propres forces la mort et les ténèbres. Il ne veut pas compter sur l'amour qui ne lui semble pas fiable; il compte uniquement sur la connaissance, dans la mesure où elle confère le pouvoir. Plutôt que sur l'amour, il mise sur le pouvoir, avec lequel il veut prendre en main de manière autonome sa propre vie. Et en agissant comme ça, il se fie au mensonge plutôt qu'à la vérité et ça fait sombrer sa vie dans le vide.

Non ! L'amour n'est pas une dépendance, mais un don qui nous fait vivre. La liberté d'un être humain est la liberté d'un être limité, elle est donc elle-même limitée. Nous la possédons que comme liberté partagée: ce n'est que si nous vivons d'une manière juste, l'un avec l'autre et l'un pour l'autre, que la liberté peut se développer. Nous vivons d'une manière juste, si nous vivons selon la vérité de notre être, c'est-à-dire selon la volonté de Dieu. Car la volonté de Dieu ne constitue pas pour l'homme une loi imposée de l'extérieur qui le force, mais la mesure intérieure de sa nature, une mesure qui est inscrite en lui et fait de lui l'image de Dieu, et donc une créature libre. Si nous vivons contre l'amour et contre la vérité - contre Dieu -, alors nous nous détruisons et nous détruisons le monde. Alors nous ne trouvons pas la vie, mais nous faisons le jeu de la mort. Tout cela est raconté à travers des images immortelles dans l'histoire de la chute originelle et de l'homme chassé du Paradis terrestre.

Si nous réfléchissons un peu sur nous et sur notre sur histoire, nous constatons qu'à travers ce récit l’auteur nous décrit non seulement l'histoire du début, mais aussi l'histoire de tous les temps, et que nous portons tous en nous une goutte du venin de cette façon de penser. Cette goutte de venin, c’est ça le péché originel. Et précisément en la fête de l'Immaculée Conception apparaît en nous le soupçon qu'une personne qui ne pèche pas du tout est au fond mortellement ennuyeuse; qu’il manque quelque chose à sa vie: la dimension dramatique du fait d'être autonomes; qu'être véritablement hommes comprend aussi la liberté de dire non, de descendre au fond des ténèbres du péché et de vouloir agir tout seuls; que ce n'est qu'alors qu'on peut exploiter totalement toute l'ampleur et la profondeur du fait d'être des hommes, d'être véritablement nous-mêmes; que nous devons mettre cette liberté à l'épreuve, également contre Dieu, pour devenir en réalité pleinement nous-mêmes.

En fait, au fond, nous pensons que le mal est bon, que nous avons au moins un peu besoin de lui  pour faire l'expérience de la plénitude de l'être, « aller un petit joint vas y c’est bon pour la santé, tant que t’a pas couché t’es pas un hommes, c’est quoi un mensonge, aller arrête de te prendre la tête avec ta morale d’esclave ». Nous pensons que traiter un peu avec le mal, se réserver un peu de liberté contre Dieu au fond c’est pas un mal ! c’est même un bien, et peut-être même un bien nécessaire.

Mais si tu regardes le monde autour de toi, tu peux voir que c’est pas vrai, c'est-à-dire que le mal empoisonne tout ce qu’il touche, qu’il élève pas l'homme, mais au contraire qu’il l'abaisse qu’il l'humilie, il ne le rend pas plus grand, plus pur ou plus riche, mais il le pourrit et le fait devenir plus petit, plus misérable. C'est ça que nous apprend l'Immaculée : l'homme qui s'abandonne totalement entre les mains de Dieu ne devient pas une marionnette de Dieu; il ne perd pas sa liberté. Seul l'homme qui se remet totalement à Dieu trouve la liberté véritable, l'ampleur vaste et créative de la liberté : la liberté de faire le bien. L'homme qui se tourne vers Dieu ne devient pas plus petit, mais plus grand, car grâce à Dieu et avec Lui, il devient grand, il devient divin, il devient vraiment lui-même. L'homme qui se remet entre les mains de Dieu ne s'éloigne pas des autres en se retirant dans sa rédemption en privé ; au contraire, c’est là que son cœur s'éveille vraiment et qu'il devient une personne sensible, bienveillante et ouverte.

Plus l'homme est proche de Dieu plus il est proche des hommes. Regardez Marie. Le fait qu'elle soit totalement auprès de Dieu est la raison pour laquelle elle est également si proche de tous les hommes. C'est pourquoi elle est la Mère de toute consolation et de toute aide, une Mère à laquelle tu peux oser t'adresser dans ta faiblesse et dans ton péché, car elle comprend tout et elle est pour tous la force ouverte de la bonté créatrice. C'est en Elle que Dieu imprime son image, l'image de Celui qui suit la brebis égarée jusque dans les montagnes et parmi les épines et les ronces des péchés, se laissant blesser par la couronne d'épine de ces péchés, pour prendre la brebis sur ses épaules et la ramener à la maison. En tant que Mère compatissante, Marie est la figure anticipée et le portrait permanent de son Fils. Nous voyons ainsi que même l'image de la Vierge des Douleurs, de la Mère qui partage la souffrance et l'amour, est une véritable image de l'Immaculée. Son cœur, s'est agrandi. En Elle, la bonté de Dieu s'est faite proche et s'approche encore de toi.

Ce soir Marie se trouve devant toi comme signe de réconfort, d'encouragement, d'espérance.

Elle s'adresse à toi en disant:

Aie le courage d'oser avec Dieu! Essaye! N'aie pas peur de Lui!

Aie le courage de risquer avec la foi!

Aie le courage de risquer avec la bonté!

Aie le courage de risquer avec le cœur pur!

Engage-toi avec Dieu, tu verras alors que c'est précisément grâce à ça que ta vie deviendra vaste et lumineuse, non pas ennuyeuse, mais pleine de surprises infinies, parce que la bonté de Dieu ne se tarit jamais!