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 à propos des excommunications

 

        Une fois n'est pas coutume, ce soir, je ne prêcherai pas sur l'Evangile. Mais à la demande de l'abbé Simon d'Artigue, curé de cette paroisse étudiante et pour répondre aux questions de plusieurs parmi vous, je vais faire le point sur cette affaire de la levée des excommunications par le pape Benoît XVI des 4 évêques Lefebristes et sur les propos négationistes d'un de ces évêques dont la presse s'est fait largement l'écho depuis le 21 janvier.

        Parlons-en de la presse. Je suppose que la plupart d'entre vous a eu vent de cette question des excommunications par les médias. A voir le nombre d'articles, d'interviews et de reportages, il semble que "cette affaire de curés" intéresse beaucoup les journalistes. C'est suprenant d'ailleurs qu'une "affaire de curés" puisse susciter autant d'intérêt chez ceux qui, d'ordinaire, se fichent pas mal de la vie de l'Eglise et de ce qu'elle peut bien dire ou penser. L'Eglise doit-elle se réjouir de faire, pour une fois, la une de la presse? Malheureusement, non. Comme d'habitude, les journalistes, à quelque rares exceptions, ont fait non seulement preuve d'amateurisme, mais surtout de malvaillance vis-à-vis du Pape et de l'Eglise.

        Tout d'abord, les médias ont commis l'erreur de confondre "levée d'excommunication" et "réintégration" pleine et entière dans l'Eglise. Cela on peut leur pardonner. C'est une procédure ecclésiale complexe dont le quiddam n'est pas censé connaître tous les ressorts. Pour reprendre les paroles de Mgr Hippolyte Simon, évêque de Clermont-Ferrand: "les catégories utilisées par l’Eglise peuvent prêter à équivoque pour le grand public. Mais la vérité oblige à dire que, selon le Droit de l’Eglise, ce n’est pas du tout la même chose. Si on confond les plans on devient victime de simplifications qui ne profitent qu’à ceux qui veulent faire de la provocation. Et on se fait complice, involontairement, de ces derniers. De façon habituelle, le grand public est en droit d’exiger d’un journaliste sportif qu’il sache distinguer, par exemple, entre un corner et un essai. Pourquoi l’Eglise n’aurait-elle pas le droit d’avoir aussi son vocabulaire « technique » et pourquoi devrait-on tolérer des approximations aussi graves simplement sous prétexte qu’il s’agit de religion ?"

        De plus, la teneur de nombreux articles forcent à reconnaître que l'erreur n'est pas si involontaire et innocente qu'il y paraît. Beaucoup se sont offuscés, à raison, non seulement des propos scandaleux de Mgr Williamson, mais aussi de la volonté du Pape de réintégrer dans l'Eglise des intégristes - qui comme chacun le sait - sont tous de dangereux rétrogrades, conservateurs, homophobes, anti-sémites et d'extrême droite. Le Pape aux yeux des journalistes et même de certains chrétiens bien pensants, serait en train d'opérer, sournoisement mais sûrement, une restauration d'une Eglise à jamais révolue : l'Eglise des méchants, une Eglise fière d'elle, l'Eglise des Inquisiteurs, l'Eglise de Pie XII, en somme l'Eglise d'avant Vatican II - et c'est horrible avant Vatican II rien de bon ne se faisait dans l'Eglise, rendez-vous compte, même la messe était à l'envers... enfin face à Dieu. Et qui plus est, ces bien-pensants qui nous mettent en garde contre l'oeuvre restauratrice de Benoît XVI, ne manquent pas, en toute honnêteté, de rappeler que ce pape est allemand et que dans sa jeunesse, il faisait partie des jeunesses hitlériennes. Ce qui pourrait expliquer son retard à condamner les propos négationistes de Williamson et laisserait planer un soupçon d'anti-sémitisme sur le pape ... En bien avec tout ça, il fait pas bon d'êtres cathos par les temps qui courent. Je vous rassure, toutes ces affirmations de la presse sont trop grosses pour être honnêtes. Ouvrons les yeux. l'Eglise dérange. L'effort de réconcilliation du pape dérange. Tout ceci n'est qu'une vaste campagne de dénigrement. Comment pourrait-il en être autrement? En effet, comme par hasard, c'est le jour-même où le pape annonce la levée des excommunications que des médias sortent de leur chapeau une interview de cet affreux Williamson enregistrée il y a plus de 3 mois. Ca sent le coup monté. Ca sent l'anti-cléricalisme à plein né. Disons le clairement, c'est de l'anti-catholicisme primaire. Alors prudence, lorsqu'il s'agit de choses aussi importantes que la vie de l'Eglise et son enseignement, regardez-y à deux fois avant de faire confiance aux médias.

        Revenons aux faits et essayons d'y voir plus clair. De quoi s'agit-il? En 1988, se sentant le dernier évêques défenseurs de la tradition de l'Eglise, Mgr Lefebvre dans un acte très grave de désobéissance au pape, a procédé à l'ordination illicite de 4 évêques pour poursuivre son oeuvre. Par cet acte formel de désobéissance, Mgr Lefebvre et ses compagnons se mettaient eux-même en dehors de la communion de l'Eglise. Depuis lors, ils étaient excommuniés. Le pape Jean-Paul II puis Benoît XVI à sa suite, n'ont eu de cesse de dialoguer avec les intégristes pour mettre fin à cette situation de schisme, c'est-à-dire de déchirure au sein de l'unité de l'Eglise. Les Lefebristes ont réclamé dans ce dialogue des gestes concrets du Vatican pour envisager la possibilité de leur retour dans la pleine communion : premièrement, le retour de la messe dite "tridentine", deuxièment, la levée de la sanction canonique d'excommunication. Le pape, de fait, a répondu à leur deux demandes.

        Qu'en penser? Pas mal de cathos, et sans doute certains parmi vous, ont été choqués voir blessés par ce qui peut sembler être deux énormes concessions à un groupe de catholiques minoritaires (il y a environ 150 000 intégristes ou affiliés dans le monde). Comment le pape peut-il faire autant de cadeaux à ces gens qui ont passé les vingt dernières années à protester et à dénigrer ouvertement le pape, les évêques et les catholiques qui leur étaient restés fidèles malgré les épreuves que l'Eglise a traversé depuis Vatican II ? La pillule semble bien dure à avaler. C'est tout-à-fait compréhensible. On peut avoir l'impression que le pape nous a abandonné au profit d'une poignée de contestataires.

         Cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose? Un berger qui est prêt à laisser ces 99 brebis pour aller à la recherche de la brebis égarée. Un père qui fait tuer le veau gras pour son fils prodigue qui revient après avoir quiter la maison familiale avec pertes et fracas. C'est l'attitude par excellence du Christ, le bon Pasteur, le Père des miséricordes qui ne veut qu'aucune des brebis de son troupeau ne se perde. Le pape, à la suite du Christ Bon Pasteur, ne peut pas faire autrement que de renouer le dialogue avec ceux qui se sont égarés dans l'erreur et le péché. C'est donc par le haut, en Jésus-Christ, dans le mystère de la communion du Corps du Christ, qu'il faut resituer le débat et comprendre cette levée d'excommunication.   Le geste du pape n'est donc pas un geste déplacé. Par cet acte, le pape est pleinement dans son rôle de Pasteur. C'est son devoir de travailler de toutes ses forces à l'unité de l'Eglise dans la Charité. Comme le dit S. Paul: "libre à l'égard de tous, je me suis fait le serviteur de tous afin d'en gagner le plus grand nombre possible. 
Avec les faibles, j'ai été faible, pour gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns." Le Saint Père se fiche pas mal du quand dira-t-on et de la pensée unique. Rien ne l'arrêtera dans sa mission d'oeuvrer à l'unité.

        Cette levée d'excommunication est donc un acte de miséricorde, une main tendue à la brebis qui s'est égarée. Mais ce n'est pas un pardon sans condition, comme si on oubliait tout d'un claquement de doigt pontifical. C'est un premier pas vers une démarche de réconcilliation qui sera longue et exigeante. Le pape l'a affirmé clairement. Il n'y aura de retour définitif dans l'Eglise de ces 4 évêques que s'ils demandent pardon pour leur faute et qu'ils déclarent publiquement adhérer à tous les enseignements des papes depuis Vatican II, sans omettre une virgule. La route sera donc longue. Prions donc pour qu'un jour nous partagions la même table eucharistiques avec nos frère séparés.

        Pour finir, revenons à ce ridicule soupçon de négationisme que l'on a voulu faire peser sur l'Eglise. Comment peut-on imaginer que le Saint Père ait pu tolérer les propos faux et scandaleux de Williamson? Benoît XVI comme Jean-Paul II a toujours oeuvrer pour la bonne entente entre le christianisme et le judaïsme, sans aucune équivoque. Non, l'Eglise n'a jamais été anti-sémite. Comment pourrait-elle l'être, elle qui a été sauvée par le Christ, vrai Dieu et vrai homme et vrai juif ? N'oublions pas les chrétiens qui lors de la seconde guerre mondiale ont risqué et voir donné leur vie pour sauver leurs frères juifs.