Mercredi des cendres 2009 B
« Mes biens chers frères mes biens chères sœurs le carême est un temps de pénitence, un temps de sacrifices, un temps de privations et de mortifications, un temps de jeun ; souvenez vous que vous êtes poussière et que vous redeviendrez poussière, mortifiez vous privez vous c’est le seul chemin pour se purifier et gagner le paradis ! » c’est pas mal ca comme intro pour le carême, pour saisir l’auditoire ! C’est plutôt motivant non ! Je continue, « quarante jours dans le désert, quarante jours à résister aux tentations du malin, quarante jours de combat. » C’est bon ca !
Première version du carême : la version prédicateur de l’apocalypse : le carême c’est pas pour se marrer.
Il y a une autre version plus mondaine, plus glamour : mesdemoiselles, messieurs à l’approche de l’été il va falloir pensez à rentrez dans votre maillot et à perdre quelques kilos, l’église catholique qui ne recule devant aucun sacrifice vous propose une cure d’amincissement de quarante jours : le carême effet garanti ! C’est pour surfer sur la vague du bien être, se servir un peu de la crise
Troisième version la version confortable, le carême peinard, le carême pour les nuls… qui veulent le rester : « alors moi si j’ai bien compris le carême c’est une préparation spirituelle à pâques et qui dit spirituel dis toujours un peu vague, un peu flou, un peu foiré, pas franchement cadré. Ouais on se prépare spirituellement, c’est le mot d’ordre : on jeun spirituellement, on prie spirituellement, on partage spirituellement, grosso modo on change rien à sa vie.
Et au bout du compte on laisse passer les quarante jours à venir comme si de rien n’était et on arrive au jour de pâques frais comme un gardon, l’air de pas y toucher, en sifflotant ! Ah si y’a deux trucs qu’on oublie pas pendant le carême c’est le mardi gras et la mi carême ca on y reste fidèle t’imagine on va quand même pas rater une occasion de s’en coller une : même chez tonton ils nous proposent de faire le carnaval et la mi carême ! (c’est là qu’on voit que la France est encore un pays catholique, il reste des traces !)
Eh bien non le carême ce n’est ni une sorte de période horrible, une sorte de quarantaine d’enfer (qui d’entre vous d’ailleurs à déjà souffert du carême, qui peut honnêtement dire qu’il a vécu un carême pénible du fait des privations qu’il s’est imposées ou de celles que ses fascistes de parents lui ont fait subir de 7 à 17 ans ? qui ?)
Ce n’est pas un régime alimentaire pour être bien dans son corps, bien dans sa tête.
Ce n’est pas non plus un remède anti crise
Le carême c’est un temps de conversion : « convertis toi et crois à l’Evangile » c’est ce que vous entendrez quand nous tracerons sur votre front une croix de cendre. Convertis-toi !
Ca veux dire change de direction, petite parabole de saison : le gars bronzé dans sa doudoune fluo il veut impressionner les filles en leur disant « allez, on se fait un petit hors piste, c’est easy ! » il commence, droit face à la piste dans le couloir, il s’emballe, la poudreuse est un peu lourde, il maitrise plus trop, et c’est le drame, c’est le tout droit vers la corniche et la falaise. Allez tant pis plutôt que de me tuer je préfère me vautrer et passer pour un gland aux yeux des greluches qui se marrent au dessus. Et c’est la que pour repartir il faut une petite conversion (ou une grosse conversion) c'est-à-dire qu’il faut changer de direction parce qu’un mètre de plus et c’est la chute finale, mauvais plan !
La conversion c’est reprendre la bonne direction : c’est ce que te dis le Seigneur par les lèvres de Joël en ce premier jour de carême : « Revenez à moi de tout votre cœur » on le sait bien que dans nos vies il est bon d’avoir un temps ou se poser un temps pour faire le point, pour regarder la route parcourue, voir si on a su garder le cap, le cap sur le Seigneur, pas le cap qu’on t’a imposé mais celui que tu as choisi
Et jésus christ qui est un bon pédagogue te donne quelques conseils pour te rapprocher de lui, pour remettre le cap, pour te convertir :
Trois conseils en fait :
Jeun, prie, partage
Je développe un peu : trois conseils simples qui sont en fait comme le socle de ton carême, ca veut pas dire que tu peux pas en faire plus, par contre ca veux dire que tu peux pas en faire moins, sinon ne t’étonne pas d’arriver à pâques comme une moule.
Jeun : c’est simple chaque vendredi tu sautes un repas (petit conseil celui du soir c’est plus simple) enfin si c’est pour aussitôt te coller ta mite syndicale du vendredi soir c’est pas la peine de jeuner, allez un peu de vérité et de nerf.
Et si tu trouves que le vendredi ca va pas, c’est pas grave prend un autre jour. Donc ca c’est la base, mais si tu veux vraiment te rendre disponible au Seigneur (parce que c’est ca le jeun : pas un concours de beauté ou un régime alimentaire , si tu veux vraiment qu’il te simplifie : allège tous tes repas, je sais pas, pas de sucre, ou pas d’alcool, ou pas de charcutaille. Mais il n’y a pas que le ventre dans la vie tu peux t’offrir (et c’est un vrai cadeau) un jeun de télé ou d’ipod (pour pas passer ta journée ton MP3 greffé aux oreilles, en t’empêchant d’entendre ton pote qui t’appelle dans la rue) ou un jeun de wii ou de lord of warcraft ou de grasse matinée tu as l’embarras du choix
Prie : alors premier conseil : de la même manière que s’abstenir de pécher n’est pas un jeun ; venir à la messe le dimanche ca compte pas comme un cadeau offert au seigneur : là aussi c’est le minimum syndical !
Prie : ca veut dire offre chaque jour un temps au Seigneur : trois minutes pour lire sa parole (si t’as pas de bible chez toi, attrape un prions en Eglise à la sortie de la messe ils sont gratuits), ou bien un temps devant le saint sacrement (ici tous les jours entre 6 et 7) mais partout où tu trouves une église ouverte ; prie pour redire au Seigneur qu’il est l’essentiel de ta vie.
Tiens une idée en passant pourquoi est ce que tu ne viendrais pas tous les jeudis de carême ici à saint Pierre pour la messe suivie d’un jeun et d’un temps de prière avec les jésuites, les carmes, les franciscains, les béatitudes, la croix glorieuse… tu verras c’est plus facile de jeuner et de prier quand on n’est pas seul.
Partage : « ouais mais mon père vous savez je donne déjà tellement de moi » ok alors tape là où ca fait mal : au porte monnaie ! ne spiritualises pas trop vite le partage, dis toi : je mets de coté un ou 2 ou 3 euros par jour à la fin du carême ça en fait quarante, 80, 120… et tu le donnes à qui tu veux, à une assoc, à une fondation, à l’église, aux sœurs de mère Térésa, je m’en fous, tu donnes parce que c’est bon de donner, c’est meilleur que de garder et puis je te l’ai dis c’est le socle minimal celui sur lequel s’appuie tout ce que tu donneras de plus : ton temps pour aller visiter ton voisin, ton forfait pour appeler ces potes dont tu n’as plus de nouvelles depuis un an, ton énergie pour un projet (je sais pas un pèlerinage étudiant par exemple)
Prie, jeun, partage : ca c’est ce qui te revient, ce petit effort que tu offres au Seigneur pour lui manifester ton désir concret de te convertir, (pas des paroles, des actes) ton désir de le suivre, le reste « la grâce reçue de Dieu » comme dit saint Paul, t’inquiète pas elle t’est donnée.
Ce qui serait trop con justement ce serait de la laisser sans effet cette grâce, ce serait qu’elle te coule dessus comme l’eau sur les plumes d’un canard : la prière, le jeun et l’aumône c’est ca qui concrètement te rend perméable à la grâce.
Tu as un temps de silence ce soir devant le saint sacrement, choisi ces trois cadeaux que tu vas offrir au Seigneur demande lui sa grâce pour t’y tenir et ensuite trace ta route vers pâques, c’est bon !