« Aime et fais ce que tu veux »
L’autre jour à la sortie de Fermat je surprends une conversation entre deux jeunes : « La religion catholique !! Laisse tomber c’est hyper compliqué ! J’y comprends rien. J’ai fait quatre ans de caté (c’est te dire que je suis pointu sur le sujet), écoute : t’as un seul Dieu mais ils sont trois, t’as Marie elle est mère et elle est vierge : tu vois le problème ! T’as l’Église elle est Sainte mais pleine de pécheurs ! T’as Jésus il est mort mais il est vivant, il est 100% Dieu et 100% homme (tu vois le calcul) et encore c’est pas ça le plus compliqué. Le plus compliqué c’est tous les commandements, la morale, un truc de ouf ! Au début tu crois qu’il y a que dix commandements (comme Michaël Youn), ça c’est ce qu’on te dit pour pas te faire peur, mais en fait si tu regardes à l’intérieur dans chacun t’en as cinquante commandements, alors tu calcules ça fait pas loin de 500 : si tu les écoutes, tu manges plus, tu bois plus, tu dors plus, tu vis plus ! Non laisse tomber j’te dis, te prends pas la tête avec tout ça ! Feel free ! Sens-toi libre ! Balance tout ! ».
L’autre jeune qui a écouté toute la démonstration de son petit camarade de jeu lui dit, « écoute ça tombe bien l’autre dimanche à la messe… » « Quoi tu vas à la messe ! Bouffon !» « Oui et alors, l’autre dimanche à la messe dans l’Évangile t’as Jésus il a résumé la bible pour les gars comme toi, tu vois c’est une sorte de compilation, un best of, attend que je retrouve… ça y est : « tout ce qu’il y a dans l’écriture dépend de ces deux commandements » et lesquels ? Aime Dieu, aime ton prochain ! Tu vois c’est pas compliqué ! Tu veux être catholique, tu veux vivre en chrétien, y’a pas 500 commandements comme tu dis, y’en a qu’un : « aime ! » même pas une phrase, même pas un commandement que tu pourrais interpréter pour essayer de le contourner, non ! Un mot, un seul, quatre lettres : « aime » et tu me dis que c’est compliqué ! Tu rigoles ou quoi ! Moi je rêverais que tous mes cours soient aussi compliqués. Non, Jésus il n’est pas venu pour nous pourrir la vie, il n’est pas venu pour nous prendre la tête avec une liste d’obligations, ça c’est le propre des hommes de compliquer ; vous n’avez qu’à voir, quand l’homme essaie de régler les choses, il publie non pas 10 commandements, mais un code dans lequel il y a des centaines de commandements : le code civil, le code pénal, le code administratif, le code du travail, le code de la nationalité, le code de la route, le code de la propriété et comme ça à l’infini ou presque, et après on ose nous dire que Dieu est compliqué. En face de cette montagne de codes, d’articles, de prescriptions, de jurisprudence, vous avez Jésus qui vous dit « aime », « aime et fais ce que tu veux » (ça c’est pas Jésus c’est saint Augustin, mais Jésus aurait pu le dire) c’est d’une simplicité évangélique, je crois même que c’est un peu trop simple pour nous qui sommes un peu trop compliqués.
Nous n’avons qu’une chose à faire : à aimer, le reste suivra, tout le reste viendra naturellement, mais attention de ne pas inverser les propositions, c’est d’ailleurs un peu notre tendance moderne : fais ce que tu veux et s’il te reste un peu de temps, aime.
Oh ! Scandale pour nos oreilles modernes tant attachées à leur liberté, Jésus ne donne pas la priorité à la liberté, il donne la priorité à l’amour, car il sait que la liberté sans l’amour peut conduire aux pires excès, aux destructions les plus graves, la liberté sans l’amour, elle est aveugle, elle peut très bien se comporter comme un maître tyrannique : « de toute façon moi je fais ce que je veux ! Qu’on vienne pas me dicter ma conduite ! »
Non, Jésus nous donne bien ce premier commandement, cet unique commandement : aime ! Il donne la priorité absolue à l’amour, une priorité qui donne le cap, une priorité qui libère ; et vous avez bien entendu, c’est un commandement, c'est-à-dire que ce n’est pas une option dont on pourrait se passer. Il faut aimer, c’est une question de vie ou de mort. Vous vous dites peut être, mais c’est impossible d’aimer, tout le monde, tout le temps, ce serait épuisant, en effet avec nos seules forces humaines ce serait non seulement épuisant, mais même impossible, nous avons tous nos limites. C’est bien pour cela que Jésus nous commande d’abord d’aimer Dieu, c'est-à-dire de nous tourner vers lui, d’entrer dans une sorte de dialogue amoureux avec lui ; vous savez, comme quand deux personnes qui s’aiment du fond du cœur se disent « je t’aime », leur amour mutuel remplit leur cœur, l’amour du mari remplit le cœur de sa femme, et vice-versa ; eh bien il en va un peu de même avec Dieu, quand nous nous tournons vers lui pour lui dire que nous l’aimons, aussitôt il se tourne vers nous et nous remplit le cœur de son amour, il nous emplit d’un amour infini, inépuisable, d’un amour qui nous permet à notre tour d’aimer, d’aimer dans le moindre de nos gestes, d’aimer ceux qui nous plaisent et ceux qui nous ont blessés, en un mot d’aimer notre prochain. Oui, ces deux commandements sont intimement liés l’un à l’autre, il n’y a pas d’amour du prochain possible sans amour de Dieu, et vice versa, c’est par notre amour du prochain que nous témoignons le mieux de notre amour de Dieu.
Vous voyez c’est si simple d’être chrétien, il suffit de se laisser aimer et d’aimer en retour.
Amen.